Sa Majesté l'Empereur avait confié la tâche de conquérir l'espoir de la Belgique -la puissante Anvers- au général d'infanterie von Beseler, qui, ayant auparavant servi comme chef du corps du génie et des pionniers et inspecteur général des forteresses, était à la disposition des Allemands depuis 1911. En plus des Français, des Anglais furent également appelés pour renforcer la garnison. Mais un témoin oculaire rapporte leur arrivée : « Vers 8 heures, j'étais sur la grande place près de l'Escaut, et j'ai assisté à l'arrivée des troupes, qui s'est faite dans l'ordre. De nouveau quelques véhicules automobiles avec des Anglais arrivèrent, et une fois de plus les habitants d'Anvers donnèrent libre cours à leurs sentiments de détresse en criant : Vive les Anglais !
Tant d'hommes de leur armée - c'est peut-être vrai, et je préfère ne pas dévoiler de secrets de guerre - sont en route - all with big guns-, disaient-ils, et quelques personnes qui les comprenaient traduisirent la bonne nouvelle à la foule : tous avec de gros canons ! et puis le peuple s'est remis à applaudir les Anglais. Mais vers huit heures, le tonnerre des canons recommença, et le reflet du feu était visible jusqu'aux rives de l'Escaut. L'artillerie allemande n'avait jamais été aussi proche auparavant."
Le 26 septembre, face au front sud d'Anvers, les équipes de construction de notre artillerie commencèrent les travaux de terrassement qui doivent recevoir les pièces lourdes. Le 27, les trains de chemin de fer sont arrivés avec le matériel de construction ; La nuit, les franco-anglais envoyèrent quatre trains lourdement chargés sans conducteur pour les détruire après qu'un avion eut découvert nos opérations de déchargement la veille. Mais notre compagnie ferroviaire a tout simplement réussi à stopper ces trains avant qu'ils ne puissent faire d'importants dégâts. Le 28 septembre, les canons allemands de 42 étaient prêts à tirer. Le respect de la neutralité hollandaise nous empêchait d'utiliser la ligne ferroviaire directe Cologne-Aix-la-Chapelle-Maastricht-Anvers et nous obligeait d'acheminer tous les trains via Liège. Au moins la possession de Liège et de Namur nous permettait d'expédier le matériel lourd sur deux lignes : Liège-Louvain-Malines et Namur-Bruxelles. Le réseau ferroviaire étant un des facteurs le plus important pour une offensive, rien n'empêchait Anvers d'être attaquée depuis Bruxelles-Malines.
Sur cette route, nous nous sommes d'abord retrouvés le 4 octobre devant le Fort Waelhem au nord de Malines. Même si les Belges se défendirent héroïquement, -on ne peut que reconnaître la ténacité des Belges-, qui auraient eu à leurs côtés 30 000 à 40 000 Anglais. Tant de forts de la ceinture extérieure étaient tombés sur une largeur de 13 kilomètres. Le feu pouvait donc être ouvert sur la ligne de forts intérieure sud, peu défendue, en particulier les forts IV et V. Notre artillerie lourde se trouvait ainsi à 18 kilomètres seulement des points importants de la ville. Le 7 octobre, le fort de Broechen tomba sur le front est, et pour la possession de la Rethe et de ses rives marécageuses, qui se séparent de cet ouvrage pour rejoindre le fort de Waelhem susmentionné, on se battit avec acharnement toute la nuit au clair de lune, prenant à l'ennemi, belge et anglais, 4 batteries lourdes, 52 canons de campagne et de nombreuses mitrailleuses. En outre, pendant ces nuits de combat, un zeppelin apparaissait généralement au-dessus de la ville, qui était durement attaquée, et ses bombardements augmentaient encore la peur de la population.
Les Anglais n'ayant pas permis au roi des Belges de rendre la forteresse, il fallut recourir au bombardement. Les courageux pionniers allemands traversèrent à la nage les eaux froides de la Rethe, qui coulait à peu près en ligne avec les forts extérieurs du sud-est, et finalement détruisirent les ponts déjà endommagés à plusieurs reprises par l'ennemi. Ils rendirent ainsi hommage au général von Beseler, le chef de leur arme de longue date et très respecté. Ce fut la preuve brillante de leur travail pour le haut niveau de leur entraînement. Le grand canon se déplaça dès lors vers la rive nord et bombarda les forts intérieurs et la ville elle-même.
Nous nous étions déjà préparés au fait qu'Anvers ne tomberait entre nos mains que comme une ruine fumante après la chute du dernier défenseur. Au lieu de cela, nous avons appris que la ville était aux mains des Allemands, relativement indemne, depuis l'après-midi du 9 octobre, que le roi et la reine avaient disparu dans leurs voitures et que le commandant et ses hommes avaient quitté la zone de la forteresse. Notre joie justifiée de la victoire fut encore accrue par le fait que, comme déjà mentionné, les troupes anglaises qui étaient également actives à Anvers et prenaient le contrôle de la défense des Belges ont été battues.
La chute d'Anvers, devenue un port allemand à proximité menaçante de Londres, libéra une armée de plus de 200 000 hommes avec de nombreuses pièces d'artillerie lourde pour être utilisée contre l'aile gauche de la position de l'armée anglo-française au nord-ouest.
Source : Illustrierte Geschichte des Weltkrieges 1914
Traduit de l'Allemand par Cl. He.