Après les combats sous Nieuport de la fin octobre, l'armée belge était si décimée qu'il fallait faire appel à l'aide de la mer. Les écluses de Nieuport furent ouvertes.
De Nieuport à Dixmude, une nappe infranchissable s'étendit dans laquelle flottaient de nombreux cadavres. Mais cette action était prévue quelque temps à l'avance.
Le général Wielemans, chef d'état-major de l'armée belge, recevait en octobre 1914, l'hospitalité de M. Emeric Feys, juge d'instruction à Furnes. Les Allemands s'approchaient de Nieuport avec une rapidité inquiétante et tout espoir de leur barrer la route semblait illusoire. Notre juge d'instruction informa dès lors le général Wielemans d'une découverte faite dans les archives de sa famille. Une précieuse révélation se trouvait dans un extrait des "Registres de l'Administration centrale du Département de la Lys" daté du 26 germinal an VI à Bruges. Cet acte se trouvait en sa possession.
Ce document relatait la suite donne donnée par l'administration à une demande de remise de fermages, faite le 28 ventôse an IV par un cultivateur victime de la guerre. Voici ce que disait cette sollicitation :
"Vu la pétition en date du 28 ventôse an IV, par laquelle Henri Demolder, cultivateur à S'heer-Willems-Capelle, locataire d'une ferme nationale y sise, provenant de la ci-devant abbaye de Saint Nicolas, à Furnes, exposant que, sur cent soixante douze mesures de terre tant en labour que prairies, qui composent son bail, vingt-deux mesures seulement n'ont été point couvertes d'eau de mer lors de l'inondation qui eut lieu pour la défense de Nieuport et qu'en conséquence il réclame la remise des fermages dont il est redevable jusqu'à concurrence des terres inondées".
Voilà donc un document d'un procès apportant un témoignage irréfutable qu'en 1793 la mobilisation des eaux de la mer, restreintes dans le réseau des canaux de la Basse-Flandre, avait servies contre un autre envahisseur ! M. Feys ne mit pas longtemps à imaginer que cette même initiative pouvait servir dans le conflit actuel. Il s'empressa de demander plus de clartés techniques à Louis Cogghe, surveillant des travaux de la société depuis trente deux ans.
Cogghe certifia que les environs de Nieuport pouvaient être recouvertes d'eau d'une profondeur de 2 à 3 mètres.
Ce plan ne mit pas longtemps à être présenté au général Wielemans qui s'y rallia sans aucune hésitation. Cogghe fut chargé d'en assurer l'exécution. Cet accomplissement se révéla ne pas être sans danger car l'ennemi se trouvait dans le voisinage immédiat. Ce fut avec beaucoup de courage que le surveillant parvint après trois jours et trois nuits à opérer l'infiltration des eaux le 28 octobre, lente d'abord, pour ne pas susciter la méfiance des Allemands (qui pensèrent à un accident sans conséquences), puis plus rapide, puis fulgurante comme si la mer cherchait à envahir les terres et terrasser l'agresseur.
La Belgique et la France sont restées éternellement reconnaissantes envers ces hommes de décision et d'énergie ayant oeuvré pour cet insurmontable rempart.