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La Nuit d'Andenne (Les Allemands combattent les francs-tireurs)

Il était environ six heures et demie du soir lorsque les colonnes de munitions d'artillerie légère que je conduisais étaient arrivées à une dizaine de kilomètres d'Andenne pour rejoindre la colonne principale. Nous faisons une pause devant un village où passe la route d'Andenne. Andenne elle-même était cachée à notre vue par des collines boisées.

Notre corps de réserve avait reçu l'ordre de se diriger vers la forteresse de Namur et de traverser la Meuse près de la ville industrielle d'Andenne les 20 et 21 août. Les troupes ennemies en retraite avaient fait sauter le plutôt joli pont de pierre qui relie les deux parties de la Meuse. Sous la protection de l'infanterie, les pionniers avaient construit un nouveau pont, qui fut achevé dans l'après-midi du 20 août, afin que les troupes puissent commencer leur marche à travers la ville et la traversée de la Meuse vers cinq heures.

Soudain, nous avons entendu des tirs nourris en direction d'Andenne, qui ont duré pendant environ une heure et ont été accompagnés du tonnerre de quelques coups de canon. Puis c'est devenu calme. Nous avons lentement traversé le village en direction de la route de campagne. Des seaux à boire étaient disposés devant les maisons individuelles dotées de puits. L’ordre fut transmis du front à travers les troupes : « Ne buvez pas aux puits ; l'eau est empoisonnée». Immédiatement après, un nouvel ordre parvint aux troupes : « Sortez vos révolvers, attention aux franctireurs ! Cet avertissement n’était que trop justifié. Quelques minutes plus tard, un sergent arriva au galop en nous informant quel lui et ses hommes ont essuyé des coups de feu depuis une maison. L'infanterie est alors immédiatement entrée dans la propriété, a tiré sur les hommes adultes et mis le feu à la maison.

Avançant lentement, nous approchons d'Andenne à la tombée de la nuit. Au-dessus de la crête boisée derrière laquelle devait se trouver la ville, une lueur de feu brillait sur une vaste étendue, devenant tantôt plus forte, tantôt plus faible, signe certain d'un immense incendie. Nous avons atteint le sommet à onze heures du soir. Là, nous assistons à un spectacle merveilleusement horrible. Devant nous, dans la plaine de la Meuse, se trouve une ville en feu : Andenne brûle à tous les coins de rue. Le feu devait faire rage depuis des heures. Des nombreux bâtiments, notamment des usines, ne subsistent que les murs entre lesquels des pierres brûlantes et incandescentes s'effondrent dans un grand fracas. Dans d'autres endroits, où le feu a trouvé un combustible particulièrement favorable, les flammes s'élèvent vers le ciel, illuminant avec éclat le terrible spectacle. Ce n'était pas une sensation agréable de circuler dans cette ville entre des maisons en feu, en s'attendant toujours à être touché par d'éventuels écroulements. Nos soupçons qu'une âpre bataille de rue avait dû faire rage ici il y a quelques heures s'est renforcé lorsque, alors qu'en continuant à avancer, nous avons vu les corps de franc-tireurs abattus gisant dans un désordre sauvage sur le bord de la route.

Le centre-ville, situé au bord de la Meuse et dans lequel nous avons emménagé peu après minuit, a été largement épargné par l'incendie. Les volets des maisons ont été abattus. Aucune lumière n'est apparue. Tout semblait être dans un calme absolu. Nous étions en train de nous diriger vers un espace ouvert lorsqu'un objet dur s'est écrasé sous mon cheval. Au même moment résonnait un fracas et un sifflement terribles sous moi, des jets de feu jaillissaient à droite et à gauche de mon cheval, qui fait un autre énorme bond dans les airs, puis s'effondrait sur le côté et m'enterrait partiellement. L'éclatement de cette bombe était apparemment le signal convenu pour le début de la bataille. Parce que maintenant, des tirs presque assourdissants ont commencé depuis toutes les maisons de la place contre les véhicules de la colonne de munitions. Des gens tiraient par toutes les fenêtres, par tous les soupirails des caves et par les trappes du toit ; les gens tiraient depuis les balcons, depuis les portes d'entrée entrouvertes. À ma droite et à ma gauche, les balles claquaient sur le trottoir et faisaient des étincelles. J'ai essayé de retirer ma cuisse de sous le cheval malgré la douleur intense que j'ai ressentie suite à la chute. En tout cas, je représentais une cible plus commode pour les francs-tireurs que les chevaux au galop. J'ai finalement réussi à me libérer. J'essaie de me redresser lorsqu'un coup de feu retentit de très près, depuis la place. Je vois la lueur du feu, je ressens un choc sur mon genou et je sens immédiatement du sang couler le long de ma cuisse. Je me lève partiellement et, accompagné d'une pluie sauvage de balles, mais aidé par l'obscurité de la nuit, je traverse la place en titubant jusqu'à la rue dans laquelle les véhicules ont disparu, pour finalement m'effondrer sur les marches d'un jardin. Il y a un bruit derrière la porte de celui-ci et à gauche et à droite, les buissons et les arbres et depuis les fenêtres de la maison d'en face.

Je me relevai, tirai avec le pistolet dans la direction d'où je voyais briller les coups de feu et regardai dans la rue. J'entends un camion de munitions venir dans la rue. Je crie « Stop ! » au conducteur. et la voiture s'arrête. J'informe les artilleurs que je suis blessé. Ils me reconnaissent grâce à ma voix, et tandis que les balles sifflent autour de nous, je suis lentement soulevé et posé à l'arrière du camion de munitions.

En quelques minutes, nous rejoignîmes les véhicules restants, qui s'étaient arrêtés deux ou peut-être trois de front sur une route assez étroite menant à la Meuse. À ce stade, le calme régnait pour que la colonne de munitions puisse s'organiser pour commencer la traversée du pont. La rue elle-même n’était que faiblement éclairée par un bâtiment en feu. Puis tout à coup un coup de feu retentit depuis la maison devant laquelle je me trouve dans le silence de la nuit, suivi d'un deuxième ou d'un troisième depuis la maison voisine, et à ce moment une folle fusillade éclate des deux rangées de maisons de la colonne. Dans un fanatisme aveugle, les tireurs français canardent dans la rue sans viser et sans même s'accorder un instant de répit. Une gerbe de feu à côté des autres jaillit des maisons. Les équipages d'artillerie et d'infanterie ripostent ; les vitres des fenêtres éclatent, les portes des maisons sont brisées. Cela créé un tel bruit dans la ruelle étroite que personne ne peut comprendre ses propres mots. La nuit étant sombre et oppressante, l'ordre est donné d'arrêter le feu. Mais les tirs des francs-tireurs continuent avec la même intensité. Soudain, depuis la Meuse, d'abord faible, puis de plus en plus fort, le cri d'« Andenne » se fait entendre, accueilli avec jubilation, mot d'ordre du jour, sorti de la gorge des gardes accourus pour nous protéger. Ils viennent dans la rue, tirent sur toutes les fenêtres derrière lesquelles il y a du mouvement, et ainsi ils font bientôt taire le feu des tireurs français. Sous cette protection, la traversée de la Meuse s'est déroulée au petit matin et s'est achevée vers quatre heures.

Maintenant, nous apprenons aussi que toute cette bataille bien organisée avait un prélude. La veille au soir, vers six heures, lorsque la traversée de la Meuse avait commencé, les habitants ont tiré sur les troupes qui arrivaient à un signal convenu et un violent combat de rue a alors commencé. C'était la bataille que nous avions entendue nous-mêmes sur les hauteurs d'Andenne. Une batterie qui était sur le point d'être déployée a alors incendié la ville. L'attitude hostile de la population était d'autant moins prévisible que les gardes, cantonnés dans la ville depuis un jour et demi déjà, avaient interagi pacifiquement avec la population et avaient apparemment gagné leur sympathie.

Après que cette première attaque ait été déjouée, la population est dans un premier temps restée calme et a attendu la tombée de la nuit pour attaquer à nouveau les troupes dans des combats de rue. Les tireurs français ont tiré sans viser, calmes et avec un courage presque fanatique. C'est probablement à cause de cette circonstance et de l'obscurité de la nuit que nos pertes n'ont pas été significatives. Seule l'infanterie, d'après mes informations, avait perdu dans les combats une trentaine à une quarantaine d'hommes.Alors que l'épais brouillard s'élevait de la Meuse à l'aube, on pouvait voir des maisons du centre-ville où les combats de rue avaient fait rage prendre feu. Au même moment, le crépitement bref mais terrible des coups de feu pouvait être entendu à intervalles réguliers de l'autre côté de la rivière.

Source : Alex Berg, Historische Geschichte des Weltkrieges, 1914

Traduit de l'allemand par Cl. He.

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