Lorsque la situation politique devint de plus en plus menaçante au début du mois d'août 1914, nous, Suisses, nous nous précipitâmes à la frontière, prêts à défendre la neutralité de notre cher pays par les armes si nécessaire. Le 4 août, le Conseil fédéral suisse a envoyé sa déclaration de neutralité aux puissances, mais trois jours plus tôt, les gares et les ponts frontières, ainsi que les ponts ferroviaires, les passages à niveau, les dépôts de munitions et de ravitaillement à l'intérieur du pays, étaient gardés par nos soldats. Le 2 août déjà, les ordres de mobilisation étaient parus dans les lieux d'affichage publics avec le plan de guerre, et le 4 août, l'« extrait » (de mobilisation), qui comprend les classes 1882 à 1894, entrait en action.
La mobilisation s'est déroulée rapidement et sans heurts. En très peu de temps, les troupes d'assaut ont pris la relève des troupes de campagne tout au long de la frontière et dans toutes les directions. La construction de fortifications de campagne commença aussitôt. Les tranchées se succédaient et bientôt toute notre ligne de frontière était fortifiée de telle sorte que nous étions à l'abri de toute surprise.
Derrière ce mur sécurisé, les troupes restantes complétaient leur entraînement militaire dans de grands camps à l'intérieur du pays. L’exercice était le mot d’ordre des premières semaines. Pour nous, les soldats plus âgés qui partions, qui n'avions servi que deux semaines par an, il semblait étrange d'être à nouveau entraînés, et de façon encore plus éclatante que nous l'avions été à l'école des nouvelles recrues. Mais même si l’exercice nous a peu plu, nous avons fait notre devoir de bon gré et sans nous plaindre ; nous avons reconnu la nécessité d'une stricte discipline. C'est avec une joie d'autant plus grande que nous avons procédé à nos exercices de tir, car le tir est le grand art national dans la patrie de Tell, et il était maintenant temps de tester notre nouvelle arme, le fusil d'infanterie suisse modèle 1914. On a dit des choses merveilleuses sur sa précision et sa force d'endurance, et depuis que nous l'avons utilisé, nous sommes très fiers de lui.
Devant, près des zones frontières, la vie est intense. Des postes d'observation sont installés au sommet des montagnes et avertissent par des signaux dans la vallée ce qu'ils perçoivent de l'autre côté des limites du pays. On se réjouit lorsqu'une patrouille arrive jusqu'à nos postes et que l'on peut discuter avec elle. Nous échangeons volontiers nos cigares suisses préférés contre des nouveautés de ceux qui font la guerre. Le service à la frontière est fatigant en raison des nombreuses heures de garde, mais le soldat suisse accomplit son devoir avec sérénité et conscience, comme le dit l'inscription apposée quelque part sur une cabane de garde-frontière :
« Soigne l'amitié avec l'Allemand
Sois amical avec le Français,
Mais si notre pays est menacé,
Frappe avec courage et gaieté de coeur ».
Source : Max Dalang, Caporal d'infanterie, Illustrierte Geschichte des Weltkriegs 1914
Traduit de l'allemand par Cl. He.