Alors que les troupes allemandes avaient déjà avancé jusqu'à Albert et Arras et que le front de la bataille décisive franco-allemande, qui représentait une nouveauté historique mondiale par sa durée et son ampleur, s'étendait ainsi des Vosges presque jusqu'à la mer du Nord, les alliés franco-anglais étaient manifestement déterminés à percer le front allemand à Soissons, sur la ligne Paris-Namur.
Mais celle-ci était particulièrement forte, non seulement par nature, sur les hauteurs au nord de l'Aisne, avec la rivière comme obstacle devant elle, mais le reporter du "Times" donnait aussi un brillant témoignage sur nos fortifications de campagne, telles qu'elles apparaissaient là, le 19 septembre. On sait que les Français ont toujours été maîtres tant dans l'exploitation de toutes les couvertures naturelles que dans la construction rapide de couvertures artificielles. Cette fois-ci, nos gens ont également pratiqué la première méthode tous les jours et avec succès. Lors de la bataille d'Iéna en 1806, les Prussiens et les Saxons furent inférieurs aux Français sur ce point en particulier, car ils avaient appris cela au moment de la première révolution auprès des héros de la liberté qui s'étaient engagés sur le terrain contre les Indiens en Amérique et qui avaient été entraînés pendant la guerre d'indépendance de l'Amérique du Nord.
Au cours de leurs nombreuses guerres coloniales, les Français ont eu l'occasion de perfectionner encore plus l'utilisation des petits avantages du terrain, de sorte qu'en 1870 ils étaient généralement supérieurs à nous à cet égard, tout comme le sont aujourd'hui les chasseurs alpins dans les Vosges. Mais les Français construisent également des fortifications de campagne avec une habileté extraordinaire. Il est heureux que nous soyons désormais au moins égaux à eux à cet égard, car cela nous épargne beaucoup de sang noble. L'expert anglais n'a pas été très désireux de nous faire des éloges ! Après avoir qualifié de « magistrale » l'activité de l'artillerie allemande, il rapporte en outre qu'elle a arrosé de feu les alliés toute la nuit jusqu'au lundi 14 septembre et qu'à partir de ce moment, jour après jour, elle a fait de la vallée de l'Aisne un véritable enfer. La pluie et les nuages noirs assombrissaient le ciel, et l'artillerie française ne pouvait rien faire contre les excellentes défenses allemandes que parce qu'elles étaient bien renseignées en messages par ses pilotes et par des ballons captifs. Cela a continué jusqu’au jeudi 19 septembre. Dans la nuit du 18 au 19, l’attaque allemande fut particulièrement horrible.
« Comme une avalanche, ils se sont précipités sur l’ennemi, irrésistibles et défiant la mort. » Les journaux de Paris et de Genève décrivent les pertes du corps anglais en particulier comme très lourdes. Après Rotterdam, des observateurs anglais signalèrent que l'Aisne était en crue, ce qui rendit la construction du pont anglo-français devant Soissons plus difficile. Les batteries allemandes ont concentré leur feu sur le site du pont et ont détruit l'ennemi qui s'y trouvait. Les pertes les plus lourdes furent cependant subies par les régiments qui avaient réussi à traverser la rive nord de la rivière afin de prendre la forte position allemande sur la voie ferrée.
Les projecteurs allemands ont éclairé l'avancée anglaise aussi fort qu'en plein jour, et les Anglais ont été accueillis par des tirs dévastateurs d'artillerie et de fusils. La ville s'enflamme sous cet incendie. « On dirait qu'un tremblement de terre vient de se produire... on marche sur des tas de gravats, des châssis de fenêtres, des objets ménagers ; les toits ont été emportés... la fumée de l'incendie, mêlée à celle des obus et à la poussière des maisons qui s'effondrent, se répand dans les rues en d'énormes nuages, les habitants restés sur place sont assis dans les caves », écrit l'Italien Luigi Barzini dans le « Corriere ».
Dans l'hebdomadaire néerlandais "Het Leven", le rédacteur écrira à propos du duel d'artillerie de Soissons : "Il vous passe au-dessus comme un ouragan... vous êtes assommé d'un seul coup... le rugissement des canons se transforme en un tonnerre durable, roulant, ininterrompu, comme le rugissement constant d'une mer agitée".
Source : Illustrierte Geschichte des Weltkrieges 1914
Traduit de l'allemand par Cl. He.