Claude
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20 Feb
Le téléphone au coeur de la Première Guerre Mondiale

Ce récit est celui d'un allemand chargé de la téléphonie et des relations entre le poste de commandement et les postes avancés.

"Le 25 octobre 1914, notre commandant de batterie m'a appelé et m'a expliqué qu'il souhaitait installer un poste d'observation plus en avant. J'ai répondu que nous n'avions plus d'éléments ni de fil. Il a juste dit : Je dois être responsable et je compte sur toi, vois comment tu peux faire. La ligne téléphonique doit être prête à quatre heures et demie (il était onze heures du matin), et je dois tirer à six heures. Point ! 

J'étais très surpris et sans réaction immédiate. Sans beaucoup de temps pour réfléchir, j'ai sauté sur mon cheval et j'ai parcouru 15 kilomètres jusqu'à la ville la plus proche. Ici, avec beaucoup de difficulté, j'ai obtenu trois éléments et environ 2000 mètres de fil. Rapidement revenu, j'ai fait mon rapport et j'ai reçu les remerciements de mon premier lieutenant. L'emplacement de l'ennemi m'était indiqué sur la carte afin que je ne me perde pas et je me lance maintenant sur le dangereux chemin à deux heures. Equipé de mon appareil, d'un revolver et d'un sabre, je tirai alors ma ligne. A peine à 500 mètres de la batterie, je me suis retrouvé sous le feu car je devais marcher en rase campagne. J'avais été remarqué. Soudain, des éclats d'obus ont volé au-dessus de moi, mais miraculeusement, ils ne m'ont pas blessé. Une courte prière, et en rampant j'avançais ! Mon voyage extrêmement ardu m’a conduit à travers des prairies, des champs de betteraves et des fossés. Il me fallait continuer plus loin car je n'avais pas encore atteint l'avant-poste allemand. J'avais déjà parcouru 1000 mètres et j'ai réussi à parcourir également les mille mètres suivants. Après quelques heures, j'ai atteint notre avant-poste. C'étaient des chasseurs. Ils m'ont regardé avec surprise et n'ont pas cru en ma tâche.

J'ai appris qu'une maison à 500 mètres avait été abandonnée par les Anglais la veille. C'est une maison que nous avions bombardée.. Seul le toit était encore en assez bon état. J'en ai fait mon objectif. Les chasseurs m’ont mis en garde contre toute action ultérieure, mais je ne me suis pas laissé arrêter. Avec une extrême prudence, j'ai atteint la bâtisse, je suis monté au grenier et de là, j'ai réalisé que j'étais à moins de 120 mètres de la tranchée anglaise. Je pouvais clairement distinguer les visages et entendre les ennemis parler. J'ai donc dû garder le silence. Je redescendis et téléphonai pour faire part de mes observations, après quoi le lieutenant me félicita de mon audacieuse avancée. Il fallait maintenant tenir bon et attendre que les officiers d'observation arrivent avec les instruments. À leur arrivée, ils étaient extrêmement heureux de ce magnifique point d'observation. A présent, nos armes étaient pointées et nous avons tiré. J’ai vu la dévastation totale que nos grenades peuvent causer. Nous avons eu 21 coups sûrs sur 30 tirs, un résultat qu'aucune batterie n'a jamais atteint. C'était bien sûr dû à notre excellent point d'observation. Par exemple, nous avons vu des grenades exploser directement dans les tranchées. De plus, environ 25 hommes ont été vus en train de fuir pour se mettre à l'abri, dont trois officiers. Nous avons également tiré vers l'endroit où ils se sont réfugiés. Nous avons lancé trois grenades. Nous sommes restés cinq jours dans cette maison et avons connu le même succès. Notre nourriture nous était secrètement remise la nuit.

Chaque bruit aurait été mortel, sinon nous aurions été découverts et l’ennemi nous aurait facilement anéantis. Le 1er novembre, j'ai dû retourner à la batterie. Le major a épinglé la Croix de Fer sur ma poitrine. J'ai pleuré de joie. À deux heures du matin, j'étais de retour à mon poste, accomplissant mes devoirs avec encore plus de courage qu'auparavant."

Les héros que nous comptons parmi nos opérateurs téléphoniques sur le terrain sont révélés par une autre lettre postale qui parle d'un jeune homme de Constance. Il est écrit : Au quartier général de notre bataillon, installé dans une maison, la ligne téléphonique fut soudainement coupée. Un jeune téléphoniste, volontaire de guerre de 19 ans, prit ses outils, son fusil, et partit sans attendre l'ordre. Au bout d'un quart d'heure, le téléphone fonctionnait à nouveau ; peu après, quatre hommes traînèrent le petit téléphoniste sur une bâche, une grenade lui ayant déchiré tout le côté gauche de l'abdomen. Le petit téléphoniste, mortellement blessé, regarda le major, et annonça comme il se devait : « Ligne rétablie ! » et mourut. 

Un vieux militant, qui s'était également engagé comme volontaire de guerre, dit en bon patois badois : « Se présenter d'abord, puis mourir ! Quel héros est mort avec le petit homme !" 

Source : Illustrierte Geschichte des Weltkriegs 1914

Traduit de l'allemand par Cl. He.

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