Le défunt maréchal comte Helmuth von Moltke, vainqueur des guerres de 1870/71, a été récompensé par le peuple allemand non seulement par une auréole de gloire, mais aussi par toutes les expressions d'une admiration nationale touchante et reconnaissante. Une partie de cette dernière fut transférée involontairement à son neveu et successeur, chef d'état-major général au début de la guerre, Helmut Johannes Ludwig von Moltke. Les gens le considèrent comme leur grand-oncle, un homme qui parle peu, prend des décisions stratégiques avec une certitude infaillible et qui sait les mettre en pratique.
Helmuth Johannes Ludwig von Moltke est né le 29 mai 1848 à Gersdorf dans le Mecklembourg-Schwerin. Son père était administrateur de district et est décédé en 1871. Le garçon a d'abord reçu son éducation intellectuelle dans une école secondaire, après quoi il a rejoint le régiment de fusiliers n° 86 à Flensburg en tant qu'enseigne. Lors de la campagne de 1870, il devient lieutenant. La paix lui apporta d'abord un transfert au Regiment Royal des Grenadiers n° 7 et en 1872 au 1er Regiment de Garde à pied. De 1876 à 1879, il est affecté à l'Académie de guerre comme premier lieutenant. Son transfert au Grand État-Major en 1880 pose les bases de sa formation d'officier d'État-Major. En 1881, il est promu capitaine. Un an plus tard, il devient second adjudant de son célèbre oncle et reste à ce poste jusqu'à la mort de celui-ci en 1891. Pendant ce temps, en 1888, il est promu major ; Les années de contact étroit et de confiance avec le maréchal lui ont fourni des occasions riches et bien utiles de faire siennes ses pensées, ses connaissances et ses compétences, d'autant plus que le maréchal n'était en aucun cas un homme glacial et silencieux dans le cercle de ses proches, mais dans des conversations animées, il laissait les immenses sources de ses pensées affluer vers ses auditeurs avides de ses paroles.
Après la mort de son oncle, von Moltke devint adjudant du Kaiser et, en 1890, commandant du régiment de grenadiers de la garde Kaiser Alexander n° 1. Il occupa ce poste jusqu'en 1899, puis le remplaça par celui de commandant de la 1re brigade d'infanterie de la garde jusqu'en 1902. Cette année-là, il reçut le commandement de la 1re division d'infanterie de la garde en tant que lieutenant général et adjudant généra, devint quartier-maître général en 1904 et, le 1er janvier 1906, succéda au très méritant comte von Schlieffen, chef d'état-major général et général d'infanterie. Le 27 janvier 1914, il est promu colonel général.
Von Moltke, en contact permanent avec le ministère de la Guerre, prépara l'armée à la guerre mondiale tant attendue d'une manière aussi diligente et consciencieuse qu'ingénieuse. Le grand public estime qu’un plan opérationnel peut être élaboré pour toute la durée d’une campagne. Le vieux maréchal avait déjà cherché à détruire cette croyance, affirmant que l'objectif réalisable résidait dans l'achèvement sans heurt du déploiement des armées, mais que la stratégie consistait alors en une série ininterrompue de « compromis ». Chaque acte de combat nécessite de nouveaux tirs en fonction de son issue. L'art du général consiste à les faire exécuter de manière logique.
Le travail intellectuel exténuant du premier quart de la guerre de la guerre avait jeté von Moltke, déjà malade, au lit en octobre 1914, de sorte qu'il avait dû céder les fonctions de chef d'état-major général de l'armée de campagne à d'autres mains. Son successeur fut le ministre de la Guerre, le lieutenant-général von Falkenhayn.
Source : D. Baron von Ardenne, Illustrierte Geschichte des Weltkrieges 1914
Traduit de l'allemand par Cl. He.